Les rencontres de Laignes vues par Archimède épisode 2

•22 juillet 2016 • Laisser un commentaire

Nous publions ici un extrait de

La lettre d’Archimède  No 69 du 16 juillet 2016

qui concerne les Rencontres de Laignes 2016 :

La soirée d’ouverture avec Ta’Ang puis le film d’Yvan Petit

« Je suis revenu lundi des Rencontres de Laignes 2016 qui m’ont semblé plus denses que les deux précédentes éditions auxquelles j’ai participé.

Journal de Laignes 2016

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Ta’ang — Juste avant la guerre

Les Rencontres de Laignes sont l’occasion de voir des films quasi-invisibles.

Y participent des gens qui veulent faire ou simplement voir un cinéma différent de celui que les circuits purement commerciaux proposent. Beaucoup des films présentés sont des courts métrages sans distributeur, ce qui explique aussi la difficulté de les voir en salle de cinéma, même à l’Eldorado.

Les films, suivis de discussions en salle ou autour d’une table, composent un excellent remède contre les facilités et les lieux communs. Me réveillant à potron-minet, je rédigeais chaque matin quelques notes sur la journée de la veille. Je vous en livre ici quelques-unes que je n’ai pas retouchées, sinon de quelques fautes évidentes et complétées éventuellement d’un texte entre crochet par soucis de compréhension.

Par manque de place (et par manque d’intérêt de mes notes pour certains), je ne peux évoquer tous les films mais j’espère revenir cet été sur Cinéma documentaire, fragments d’une histoire de Jean-Louis Comolli, les deux films d’Alice Diop, les films des groupes Medvedkine et du collectif Cinélutte…

Soirée d’ouverture : Ta’ang de Wang Bing.

[Le documentariste filme les De’angs entrés en Chine pour fuir les conflits qui ont lieu en Birmanie.]

Le film m’a surpris. Je n’ai pas été le seul : les appréciations succinctes sont assez souvent peu élogieuses, mais rarement franchement négative. Surprise, donc. Je n’ai pas participé à des discussions similaires à celles qui ont suivi les films d’ouverture des années précédentes [Leviathan en 2013, À la folie en 2014].

Peut-être est-ce dû au dispositif du film, chacun des films de Wang ayant le sien propre. Ici, Wang filme plus des groupes que des individus — en y repensant, la dynamique interne des groupes qui fuient, qui se disloquent, qui hésitent, qui s’immobilisent… Et il y a ces moments récurrents où l’individu quitte le groupe, le plus souvent pour téléphoner.

A-t-on déjà filmé si précisément le réfugié, la complexité de son état, sans sentimentalisme, sans en faire le symbole d’un discours politique ou humanitaire ? À revoir absolument. — LD m’a dit la forte impression que lui a faite le film, le premier de Wang qu’elle voit. Cela me conforte dans l’idée que je n’ai pas su assez oublier les précédents pour apprécier celui-ci.

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Juste avant la guerre d’Yvan Petit.

Vu avec plaisir la nouvelle version (plus courte) de ce journal filmé. Je me souvenais bien de l’histoire d’amour, moins du reste comme des difficultés d’Yvan à réaliser un film sur son père, un des sujets qui m’a le plus intéressé à cette nouvelle vision.

Le procédé [Yvan Petit décide de filmer un plan par jour avec son téléphone portable qui fait aussi caméra. Juste avant la guerre utilise la matière obtenue en six ans, période correspondant à l’histoire d’amour. Il est composé de trois parties correspondant chacune à un téléphone, la définition de l’image évoluant donc d’une partie à la suivante] fonctionne toujours bien. J’aime beaucoup la première partie, la pixellisation de l’image qui atténue le réalisme et place le spectateur du côté d’Yvan, non de ce qu’il filme ; peut-être aussi, je préfère cette partie parce qu’elle est plus heureuse, pleine d’espoir.

Au fil des parties, l’image se précise, se fait plus acérée ; la vie peut-être moins heureuse (la fin d’une histoire), plus difficile, moins prometteuse. Comme s’il fallait choisir entre la définition de l’image et le bonheur. »

Ta’ang (Hong Kong, France ; 2016 ; 2 h 28 ; couleur), réalisé par Wang Bing, produit par Wang Yang et Mao Hui ; image de Shan Xiaohui et Wang Bing, montage d’Adam Kerby et Wang Bing.
Juste avant la guerre (France ; 2015 ; 55’ ; couleur), réalisé par Yvan Petit, produit par Maud Martin ; image et montage d’Yvan Petit.

Les rencontres de Laignes vues par Archimède

•16 juillet 2016 • Laisser un commentaire

Nous publions ici un extrait de

La lettre d’Archimède  No 68 du 9 juillet 2016

qui concerne les Rencontres de Laignes 2016

et la performance de Jean-Louis Le Tacon

Cette année, plus encore que d’habitude, Jean-Louis Le Tacon aura beaucoup donné de sa personne durant les Rencontres de Laignes : séance quotidienne de gymnastique d’opérateur, présentation de ce qu’il a filmé dans l’année commenté en direct, projection de quelques œuvres dont Le Rôdeur (1993) consacré à Toï Curty, jeune artiste atteinte du sida, préparation d’une « séance de cinéma en expansion », etc. Lundi, j’ai assisté à un atelier scolaire qu’il animait, une initiation au « filmer seul(e) » qui surprit les collégiens qui y participaient. Auteur en une quarantaine d’années d’une œuvre multiple et variée — films militants, documentaires anthropologiques, fictions, clips pour Tuxedomoon ou pour Jean-Paul Gaultier, vidéos d’art… —, Jean-Louis Le Tacon préfère se qualifier de filmeur plutôt que de cinéaste ou de réalisateur. Il filme tous les jours avec son iPhone, sans autre matériel que son propre corps — « Pas de tripode. Le pied, c’est le corps du filmeur ! » clame-t-il. D’où cette gymnastique d’opérateur héritée de Jean Rouch, préparation indispensable pour être toujours prêt à faire panoramiques ou travellings. Si les collégiens étaient un peu perplexes en début de journée, ils étaient heureux de montrer le résultat des exercices imposés — une chute, un champ-contrechamp… — en fin d’après-midi, comprenant que le cinéma est moins dans la technologie que dans la volonté et l’acte de filmer.

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Mais Jean-Louis Le Tacon ne repense pas uniquement la manière de faire des films. Dans la lignée de Le film est déjà commencé ? (1951) de l’artiste lettriste Maurice Lemaître, il a préparé avec une dizaine de complices la séance de clôture des Rencontres entre théâtre et cinéma, spectacle vivant où les spectateurs sont invités à participer. Je reproduis ici le manifeste de cette manière de « réenchanter la séance de cinéma » :

La Séance de cinéma en expansion ou Action théâtrale et filmique est une performance qui brise le cadre routinier de la séance de cinéma. Elle suscite un spectacle inédit, au déroulement improbable truffé d’impromptus, d’actions surprenantes, d’incidents déconcertants dont les spectateurs eux-mêmes sont les protagonistes. La séance de cinéma glisse vers le happening : le lieu, les gens, les machines, les objets, le temps deviennent acteurs d’une pièce improbable. Il s’agit de réinventer la séance de cinéma, de mettre un peu de lumière dans les salles obscures.

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1) Le spectacle commence bien avant !

Le spectacle commence bien avant la séance proprement dite. Huit-quinze jours au préalable, une annonce intrigante est diffusée dans la ville par toute sorte de support : bouche à oreille, téléphone arabe, affichette, flyer, sticker, réseaux sociaux, homme sandwich, voiture publicitaire… Le slogan de l’aguichage (teasing) interpelle toute la population. Par exemple :

ATTENTION À LA PEINTURE !

IL N’Y EN A PLUS POUR TRÈS LONGTEMPS !

LE FILM EST DÉJÀ COMMENCÉ ?

CHAUDS LAPINS, AUX ABRIS !

Le slogan sera défini en fonction du programme des réjouissances élaboré pour la circonstance. Le public visé est celui qui fréquente la salle de cinéma implantée dans un quartier, un territoire. On peut viser plus large. Tout au long de la quinzaine, la rumeur aguicheuse est alimentée. Le public est finalement invité à se rendre à une séance de cinéma dans une vraie salle de cinéma pour sans doute voir un film — un film qui n’existe pas, du moins pas pour l’instant !

2) Un film, voire des films sont mis en chantier !

Comme il est question de cinéma, eh bien, on mobilise des filmeurs, des acteurs, des comédiens, des décorateurs, des éclairagistes, des musiciens, tous les corps de métiers ou presque. Toute personne avec un savoir-faire est bienvenue. Toutes les formes de cinéma ou télévisuel peuvent être envisagées : reportage, mini-fiction, film expérimental, film abstrait, documentaire, film d’animation, gif animé, plateau de télé… Les sujets des films émanent de la vie des gens, du paysage, de l’esprit du lieu, de son histoire, de ses personnages. On peut s’intéresser aux préoccupations des gens, aux enjeux du moment, aux faits divers. On peut traiter du fonctionnement des médias (cinéma, télévision, internet). On peut aussi tout simplement chercher à rire de la vie des uns et des autres, à tenter d’accéder à des rivages utopiques, susciter des moments de bonheur, partager la joie de vivre. Tout va être prétexte à créer des événements filmiques, à partir en tournage et à inciter les gens à jouer pour la caméra. Certains seront plus sensibles à une approche poétique du lieu avec ses couleurs, ses animaux, ses lumières, ses architectures, son climat. Qui dit tournage, dit montage. DSC_0019

Certains filment d’autres montent. Improvisation, rapidité, juxtaposition hasardeuse sont souhaitables. Raccorder des éléments hétéroclites, articuler des aspects contrastés, oser le vertige de l’écart. Au bout du compte : des projectiles filmiques pour la fameuse séance.

3) La performance filmique et théâtrale

L’heure de la performance arrive : y prennent part, les spectateurs, le projectionniste, le ou les réalisateurs, le directeur de la salle, les producteurs, les techniciens de surface, les comparses comédiens dissimulés dans le public sans oublier les ouvreuses, les marchandes d’esquimaux, le ou la caissière, le pompier de service…

Des films seront bien projetés avec tous les appareils dont dispose la salle : projecteur numérique, 35 mm, 16 mm auxquels on pourra ajouter une batterie de vidéoprojecteurs et de projecteurs super 8 mm et 9,5 mm.

Les projections vont être constamment parasitées par des actions théâtrales, des incidents aussi divers qu’inattendus. Actions et incidents ont été concoctés par les membres du « Kollectif Organisateur » en parallèle à la préparation des films. Il y a souvent un lien entre le contenu des films et les brisures théâtrales. Souvent il est fait appel à l’implication directe des spectateurs qui vont prendre la parole, quitter leur siège numéroté et devenir acteurs. Ces derniers peuvent provoquer un débordement et infléchir les enchainements préétablis. Aux membres du Kollectif de trouver la parade et le raccord.

Quelles actions théâtrales, quels incidents ? C’est l’inventivité soutenue des membres du Kollectif qui en a décidé. Tout est possible, drôleries, extravagances, gags, détournements, citations que sais-je ?              

                                                                                Jean-Louis Le Tacon

 

 

DU SOLEIL SUR LA 5e ÉDITION DES RENCONTRES CINÉMATOGRAPHIQUES DE LAIGNES

•13 juillet 2016 • Laisser un commentaire

Dix jours hors du commun au cinéma VOX de Laignes, dans tout le village et même bien au-delà :

le petit bourg a vécu de façon intense et ensoleillée une nouvelle édition complète de ses désormais célèbres rencontres cinématographiques organisées par Panoramic 21 avec l’appui de l’Eldorado de Dijon.

Les ateliers de Jean-Louis Le Tacon, le samedi avec le club vidéo de l’ASCLE, le lundi avec les élèves du collège, puis tous les matins avec les festivaliers volontaires ont à nouveau produit de nombreux petits films et abouti à une nouvelle performance en clôture, dimanche soir.

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La gymnastique quotidienne du filmeur, dans la tradition de Jean Rouch a, grâce à Jean-Louis Le Tacon, de plus en plus d’adeptes en France et à l’étranger.

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Mercredi, une première performance a permis à Le Tacon de montrer de façon originale et totalement déjantée, son année de cinéma : comment voir la vie autrement et faire partager ses émotions, un grand Monsieur, ce Le Tacon !

La projection en avant première du film de Alain Guiraudie en a surpris plus d’un… et la présence dans l’un des trois rôles principaux de notre ami Raphaël Thiery originaire de Sainte-Colombe a attiré un nombreux public. Raphaël, retenu au festival d’Avignon où il joue tout l’été, a beaucoup regretté de ne pouvoir être présent au Vox, mais il a promis d’être là lorsque le film sortira à Châtillon.

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La journée dédiée aux professionnels de l’exploitation cinématographique a permis, outre la projection de plusieurs films en avant-première, de saisir la vision de ce métier de plus en plus difficile par Patrick Leboutte et Olivier Bitoun, responsable de l’Association « Ciné-phare » qui en Bretagne innove en matière d’exploitation et diffusion cinématographique :

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Le cinéma, c’est regarder ensemble une image plus grande que soi et non regarder seul une image plus petite.

C’est un temps contraint et non haché, on ne le maîtrise pas, contrairement à la vidéo.

La notion de séance est essentielle et il est important de pouvoir rester ensemble après (à Laignes, cette année, la ruelle derrière la cinémathèque a été dédiée aux rencontres d’après projections avec tentes, tables, chaises et bien sûr le bar !…)

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Pourquoi pas aussi montrer des films pas finis ? C’est la grande originalité de Laignes. Chacun peut ainsi s’exprimer sur le canevas, donner son avis et un an (ou deux) plus tard on découvre une œuvre aboutie où chacun s’y retrouve, ayant l’impression d’avoir contribué à une belle entreprise. C’est, entre autres, l’exemple de François Guerch qui lors de la 4e édition des rencontres a montré le film fini de l’ébauche que nous avions vue en 2014. Ce sera sans doute le cas de « Qui es-tu Octobre », le film tourné au Burkina Faso par Julie Jaroszewski et Pauline Fonsny qui est encore en chantier mais qui promet, avec des images magnifiques et un discours qui emporte l’adhésion.

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Il faut aussi aller chercher le public et non attendre qu’il vienne simplement consommer, c’est tout un travail pour animer la salle avec diverses activités, ou même déplacer la salle vers les spectateurs, c’est ce que fait Panoramic sur toute la Bourgogne, avec son cinéma itinérant…

Ces 5èmes rencontres se sont aussi largement ouvertes sur la vie locale, intégrant dans son programme les deux concerts organisés par Patricia Leblanc, le vide-grenier organisé par l’ASCLE, la fête du lac de Marcenay organisé par « Bien vivre à la campagne » (les festivaliers ont suivi la visite guidée par le conservatoire des sites naturels autour du lac, puis ont mangé bio au stand de la fête) et à la rencontre avec l’écrivain Jean-Dominique Brierre organisée à la mairie de Gigny.

Châtillon a également bénéficié d’une super avant-première avec la projection au Sélect du très beau film de Justine Triet avec Virginie Efira et Vincent Lacoste.

La soirée d’ouverture était un beau cadeau offert par Wang Bing, ce cinéaste chinois considéré comme l’un des plus grands de l’époque contemporaine. Reçu à Laignes pendant trois jours en 2014, il en a gardé un tel bon souvenir, qu’il a tenu à ce que l’avant première de son prochain film (qui ne sortira que dans un an) se fasse à Laignes !…

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La qualité de ces rencontres est aussi due à la qualité de ses intervenants (dont beaucoup reviennent, c’est un signe).

Cette année nous avons eu le plaisir de voir les dernières productions de Patrick Taliercio, Amélie Berrodier, Yvan Petit et François Hien qui sont sans doute les futurs grands noms du cinéma documentaire.

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Un autre retour, c’est celui d’Alice Diop dont la projection de son film « la permanence » a emporté l’adhésion de tous (ce fut en fait, l’un des moments forts du festival avec son autre film « vers la tendresse »). Une réalisatrice très sensible et très douée pour nous faire partager ses émotions.

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Chaque année, Patrick Leboutte, dont le carnet d’adresse est inépuisable, nous amène de nouveaux invités, qui, ils nous l’ont déjà dit, vont devenir des fidèles.

C’est le cas de Jean-Denis Bonan, Henri Traforetti, et Dominique Maugars, qui ont apporté une note beaucoup plus populaire et non moins politique.

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Mais Laignes ne serait pas Laignes sans ses invités de prestige, des réalisateurs confirmés, dont les œuvres sont devenues des classiques et des références : Vincent Dieutre avec « Orlando Ferrito » et son célèbre « Jaurès », Christian Blanchet avec son reconnu « je n’ai pas changé de bord » et Jean-Louis Comolli dont la présence, malgré une période difficile dans sa vie, a été un véritable cadeau, apprécié par tous.

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Même Denis Gheerbrant, fidèle à Laignes depuis l’origine, s’est pris au jeu des rencontres en apportant lui aussi son film pas fini « ce que Mallé m’a dit », nous promettant un montage final pour l’année prochaine…

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La seule déception de cette édition fut la défection au dernier moment de Thérèse M’Bissine Diop, l’actrice mythique du célèbre « la noire de… » qui fut projeté sans elle…

Autre nouveauté cette année, c’est la petite salle de projection confiée à Isabelle Blatrix, pour montrer son film fleuve (plus de 10h!) « Habité-habitant » dont le vernissage s’est fait autour d’un verre le samedi soir.

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Un invité d’honneur non issu du monde du cinéma a provoqué l’événement du festival par la virtuosité de son discours, Laignes avait en effet l’honneur de recevoir le grand économiste et sociologue Bernard Friot. Son discours a tellement conquis l’auditoire Laignois, que les livres qu’il avait apportés sont partis comme des petits pains et que de nombreuses commandes se sont profilées !…

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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Le match de la finale de l’Euro de football projeté sur le grand écran du VOX après la clôture ne tint par contre pas sa promesse, car non seulement la Belgique n’était pas présente, mais la France n’a pas gagné…

Mais là, ce n’est déjà plus du cinéma !

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Heureusement, Le Tacon était là pour clore en beauté cette édition avec une nouvelle performance, où le spectacle était autant dans la salle que sur l’écran « Attention à la marche ! » Personne n’a chuté et, le soir, le ragoût de mouton a été dégusté avec plaisir.DSC_0019

Tout au long de la semaine, ce ne fut pas que le ragoût qui fut apprécié, mais aussi la paella, les œufs en meurette, le lapin à la moutarde, le couscous, la potée, le barbecue et tout cela grâce à une équipe exceptionnelle de bénévoles sous la conduite de Pierre, le cuisinier.

Du côté administratif et technique, tout le monde a apprécié également la disponibilité et le professionnalisme de Pascal, Angélique et Fanny.

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Pour aider le festival à perdurer, malgré des finances difficiles, une mobilisation extraordinaire des bénévoles de toute la haute Côte d’Or a permis de loger tous les invités et la grande majorité des festivaliers : c’est ainsi près de 600 repas qui ont été servis à la salle des fêtes et près de 300 nuitées qui ont été offertes par les habitants.

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Une trentaine d’invités ont été ainsi, pendant une semaine, entièrement pris en charge, preuve que Laignes est devenu un grand festival. D’ailleurs, la nouvelle grande région Bourgogne-Franche-Comté l’a inscrit pour la première fois dans les festivals régionaux soutenus par le CRBFC.

De son côté la commune de Laignes a tout mis en œuvre pour aider les organisateurs au niveau matériel (locaux, personnels, matériel) et la DRAC a augmenté son soutien. La présence à Laignes du délégué régional cinéma de la DRAC et de la responsable régionale cinéma du CRBFC pendant ces rencontres est un témoignage supplémentaire du soutien accordé par ces deux structures.

D’autres financeurs, tout en restant fidèles aux rencontres ont cependant baissé leur aide, un effort de communication devra être fait en leur direction, car l’avenir de cet événement, dont l’ampleur rejaillit désormais sur toute la région, en dépend…

RENCONTRES 2016 : jeudi matin, des hommes véritables…

•28 juin 2016 • Laisser un commentaire

Nous recevrons jeudi matin et après-midi Dominique MAUGARS, cheminot cinéaste et son monteur Yvan Petit.

Ils nous montreront leur film « Des hommes véritables » avant de dialoguer avec la salle : (Documentaire – France – 2013 – 53 minutes – couleur et N&B)

Synopsis : Dominique a été cheminot dans un atelier de réparation de matériel ferroviaire. Il y a fait du cinéma, grâce à un ciné-club. Bien avant qu’il vienne travailler dans cet atelier, son père en a été licencié pour raisons politiques. La diffusion d’un film soviétique, Un homme véritable, y a été interdite.
En rassemblant les films et les documents retraçant l’histoire de cet atelier, Dominique revisite son histoire et celle de ceux qui y ont travaillé et construit leur vie.
« Ce film est une histoire d’hommes et de femmes porteurs de sens. C’est l’histoire de l’intelligence du monde ouvrier, capable de relever de grands défis sociaux et culturels. »
Dominique Maugars

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Nous publions le texte d’un entretien qui nous a été confié par Dominique Maugars :

Comment est né ce film ?

Dominique Maugars :

Je conservais pleins de bobines de films tournés par le ciné-club de la CIMT de Saint-Pierre-des-Corps depuis l’après-guerre, que la section CGT avait gardées toutes ces années. Elles sont aujourd’hui regroupées au sein du fonds «Cadoux» de Ciné-Archives à Paris, qui gère le fonds audiovisuel du PCF et du mouvement ouvrier et démocratique.

Je voulais les utiliser dans un film, dont le scénario aurait tourné autour de mon histoire et de celle de mon père. Les ateliers de réparation ferroviaire de Saint-Pierre-des-Corps, c’est une histoire de famille : nous y avons travaillé tous les deux. Sauf que mon père, lui, en avait été renvoyé, pour avoir participé à un mouvement de grève contre la guerre d’Algérie.

En me plongeant dans les procès-verbaux des réunions du Comité d’Établissement, j’ai découvert les conditions de son licenciement, et comment la direction avait, là encore pour des raisons politiques, interdit la projection d’un film au ciné-club de la boîte. C’est ce cheminement qui m’a fait construire mon scénario autour de l’histoire, riche de luttes, de cette entreprise et des hommes qui y ont travaillé. Et tout cela vu au travers du prisme du cinéma, leur cinéma, et le mien.

Des hommes véritables témoigne particulièrement du rôle des activités socioculturelles des Comités d’Entreprise (C.E.) dans la vie ouvrière depuis l’après-guerre. Vous montrez de nombreux extraits de ces films amateurs qui documentent le sujet. Au-delà de leur aspect naïf, que nous disent ces films, à nous, en 2013 ?

Dominique Maugars :

D’une façon très subtile, ce sont des films politiques. Yvan, de Sans Canal Fixe, Julie, de Ciné-Archives, et tous les gens que j’ai rencontrés qui m’ont permis d’identifier des personnes présentes sur ces images, m’ont donné les clés pour les regarder. A un ami, je montre un film des années cinquante sur un cross qui eût lieu près de la porte de l’usine. Et là, il reconnaît son frère.

Il m’explique que c’était une sélection pour le Cross de l’Humanité. Ce film prend alors une autre dimension pour moi, il me parle, il devient une archive. Et à travers une image de jeunes gens qui participent à une course, apparaît en filigrane toute l’organisation de ces activités mises en place par et pour les ouvriers. Cela recouvrait aussi des enjeux syndicaux : Force Ouvrière et les autonomes étaient majoritaires, or ces loisirs étaient dûs pour une grande part à la CGT.

Avec nos yeux actuels, on n’y voit que des activités de C.E. En les replaçant dans le contexte de l’époque, ce qui frappe c’est cette grande force collective : ces gens construisaient leur avenir ensemble. Le sens politique, il est là.
Yvan Petit :

Finalement les films les plus politiques ne sont pas ceux sur des manifestations, des occupations, des affrontements. Je me souviendrai toujours d’une phrase prononcée par Georges, un cheminot de Saint-Pierre-des-Corps. « Tu vois un mec qui fait du ski. Ça paraît banal. Mais quand tu sais qu’il fait du ski parce qu’un C.E. a organisé le voyage et que le gars qui est en train de skier n’avait jamais mis le pied sur un ski auparavant, tu te rends compte qu’une conquête sociale, ça passe aussi par ça ».

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Dans une séquence, un jeune cheminot fait le parallèle entre cette époque, que toi, Dominique, tu as bien connue, et celle d’aujourd’hui. Le fossé semble immense entre les deux. Vois-tu ton film comme un passage de relais, d’une génération à l’autre ?

Dominique Maugars :

C’est un film résolument tourné vers l’avenir. Je veux être un passeur de mémoire, pour rappeler que le mouvement ouvrier est composé d’hommes et de femmes dont la vie ne se limite pas à boulot-dodo, mais qui réfléchissent, s’organisent, et cherchent à améliorer leur sort. J’ai voulu montrer la réalité de cette solidarité qui existait au sein de l’entreprise, et qui se construisait entre autres par les activités de C.E. Elle nous a permis de relever les défis de la vie.

Aujourd’hui, l’organisation du travail casse le collectif qui était pourtant porteur de sens, et qui permettait aussi de créer le rapport de force avec le patronat. Il est urgent aujourd’hui de se rassembler autour des valeurs de partage. D’ailleurs, mon film n’aurait pu exister sans elles. Sa fabrication est à leur image, avec la contribution de gens d’âges et d’horizons différents : des ouvriers bien sûr, et des gens qui travaillent dans le domaine des archives, dans le cinéma, mais aussi des musiciens qui amènent leur propre regard. Pour moi c’est fondamental, si on ne veut pas régresser, rester entre soi.

Je n’aurais pas pu faire ce film tout seul, sans tous ces gens, et sans Yvan, qui m’a accompagné dans l’écriture, le tournage et a fait le montage. Une structure comme Sans Canal Fixe montre qu’il y a des pistes pour que des gens hors du sérail comme moi aient la possibilité de faire des films et de raconter leur histoire.

Dans une autre séquence, nous assistons à ta découverte, à Ciné-Archives, d’un film réalisé par les cadres en réponse à ceux du ciné-club des salariés. Elle dévoile une dimension surprenante des luttes au sein de l’entreprise…par films interposés !

Dominique Maugars :

Le cinéma a toujours été omniprésent dans l’histoire des ateliers de réparation ferroviaire de Saint-Pierre-des-Corps. Il est vite devenu un enjeu de lutte de classe. Rimailho, leur fondateur et premier patron, avait aussi inventé un appareil photographique, et fait partie du conseil d’administration de Gaumont. Des films sur la simplification du travail et l’exploitation des ouvriers étaient projetés durant la formation des cadres.

Mais ce film sur une de leurs sorties, je l’ai découvert par hasard au milieu d’un paquet d’autres entreposés au local CGT, et quelle surprise quand j’ai vu son contenu : pour contrer l’image que se donnaient les ouvriers à travers leurs films de C.E., le patron de l’époque organise de toute pièce une sortie avec ses cadres et se la fait filmer…

Yvan Petit :

Ce qui frappe dans ce film des cadres, c’est que seuls des hommes y apparaissent. Tout le contraire des films du C.E. de cette époque, dans lesquels on voit des femmes, des hommes, avec les gamins, des familles, qui passent de chouettes moments ensemble.

De l’autre côté, 3 hommes, qui juste avant avaient les cravates remontées jusqu’au cou, dansent tous seuls en faisant croire qu’ils s’amusent pendant 10 secondes, le temps de la durée du plan… Ce plan-là, avec les visages crispés de ces cadres des années cinquante, filmés les uns après les autres, faisant semblant d’être de bonne humeur, vaut tous les plans politiques du monde !

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C’est un film à multiples entrées : film à la première personne, histoire(s) individuelle(s), histoire collective, allers-retours entre passé et présent, utilisation d’archives et de reconstitutions… Comment avez-vous réussi à tirer parti de toutes ces contradictions ?

Yvan Petit :

Pendant la préparation du film, Dominique m’a dit qu’il ne pouvait pas raconter son histoire en ne parlant que de lui. Nous avons donc cherché ensemble quelle allait être sa place dans le film et je pense qu’on l’a trouvée, en faisant de lui ce personnage qui entraîne le spectateur dans son enquête personnelle. Je trouve que c’est profondément sain de dire qu’on fait un film pour soi. Un film à la première personne n’est pas un film pour parler de soi.

C’est un parti-pris qui offre la possibilité de contourner la prétendue objectivité du reportage ou du journalisme. Il y a toujours une subjectivité derrière les images. Il faut assumer de dire je et se mettre en scène, en risque. Une histoire collective, c’est une suite de je… Un jour un de ces je se dit : « moi je m’y colle pour la raconter cette histoire, pour moi, pour les autres… ». Mais pour qu’il y ait du je, il faut que cela passe par le jeu.

Des hommes véritables regorge de spontanéité. C’est un film qui possède une profonde croyance dans le cinéma, il joue avec ses codes. Il est empli de moments où l’on sent le plaisir qui a été pris à le réaliser. Bien sûr, faire un film est toujours long et douloureux, n’empêche qu’au final, c’est un film joyeux, et c’est très important pour le respect du spectateur.

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De nos jours, les activités des C.E. jouent-elles toujours un rôle émancipateur auprès des salariés ?

Dominique Maugars :

Elles sont assaillies de toutes parts. C’est de l’argent sur lequel les patrons ne peuvent pas avoir de mainmise. C’est vu comme un privilège par d’autres. Et le monde ouvrier est attaqué aujourd’hui plus durement et plus sournoisement qu’il ne l’était à l’époque.

En 1945, Antoine Voisin (militant communiste, résistant et métallo de Saint-Pierre-des-Corps qui apparaît dans des archives du fonds Cadoux, reprises dans le film de Dominique, ndlr), sort des camps de concentration, reprend le boulot et s’engage à fond dans le ciné-club… A ce moment-là, les C.E. bâtissaient un nouveau monde.

Yvan Petit :

Dans le cadre de ses activités culturelles, le C.E. Cheminots Région SNCF de Tours a apporté son soutien financier au film, pour la mise en place d’un atelier de comédiens ouvert aux cheminots. C’est de là que sont issues les séquences, écrites à partir des procès-verbaux, qui mettent en scène des réunions de C.E. L’ensemble des syndicats du bureau du C.E. a voté pour, ce qui n’était pas gagné d’avance !

RENCONTRES 2016 : L’avant première de Ta’ang de Wang Bing

•26 juin 2016 • Laisser un commentaire

Jamais vu en France le dernier film de Wang Bing dont celui-ci nous avait parlé aux rencontres de Laignes 2014, alors que ce n’était qu’un projet, sera projeté mardi 5 juillet à 21 h au VOX.

(pour voir l’intégralité cliquer sur :

http://www.accreds.fr/2016/03/01/avec-taang-wang-bing-porte-un-autre-regard-sur-les-refugies.html)

 

TA’ANG (Chine, Hong-Kong, France, 2016), un film de Wang Bing. Durée : 148 minutes. Sortie en France indéterminée.

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« Face à la crise dite «des migrants», Wang Bing dirige notre regard occidental plus à l’est qu’à l’accoutumé : il a filmé pendant des mois le peuple Ta’ang du Myanmar, contraint de s’exiler en Chine pour sa survie.

Avec Ta’ang, le cinéaste chinois s’intéresse au peuple du même nom, contraint de se déplacer du Myanmar vers la Chine, fuyant des conflits armés. Des dizaines de milliers de réfugiés, des conditions d’hébergement précaires, une indécision grandissante, Wang Bing en fait état en s’intéressant à quelques groupes de personnes, rencontrés dans une poignée de campements. Et fréquemment, une même scène se répète : un personnage quitte le groupe avec lequel il discutait pour répondre à un appel, ou avoir la chance de téléphoner quand un appareil se libère. Dans ces conditions singulières, douloureuses, le lien défait avec les compagnons d’infortune et l’isolement soudain s’apparentent cette fois à des bienfaits. Quant il capte ce type de séparation, Wang Bing ne reste jamais avec le groupe, il suit celui qui s’en éloigne pour téléphoner avec plus d’intimité. Le déplacement de quelques mètres à peine engendre un nouvel espace. Là, une femme se tient à l’écart, en communication avec ses proches qui n’ont pu l’accompagner, et derrière elle se distingue maintenant une route à flanc de montagne. Son esprit semble l’emprunter à vive allure tant elle paraît déjà loin. Dans Ta’ang, les échanges téléphoniques sont les seuls à être empreints d’un ton solennel, coupant net la simplicité des discussions en groupe, moments de détente précieux. A chaque fois, l’appel est perçu comme un lien brisé avec les nouveaux proches, mais aussi renoué avec l’autre famille. »

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« Dans chaque zone filmée par Wang Bing, il y aura une séquence de séparation plus frappante encore pour témoigner de ce paradoxe : un groupe se désolidarise, quelques-uns continuent la route, souvent à l’aveugle, et les autres restent sur place. La migration ne se résume pas à une terre quittée en quête d’une autre, nous dit Wang Bing, c’est une succession d’abandons. Quand un groupe monte dans un camion au Myanmar pour se rendre à Nansan, en Chine, le cinéaste se dédouble : il filme à la fois le départ et l’embarcation, le lien brisé et le renoué. La caméra observe le camion s’évanouir au fond du cadre, puis elle se retrouve à l’intérieur, au détour d’un cut. Ce qui pourrait passer pour un mensonge au sein du défilement cinématographique documentaire devra ici être interprété comme la compensation du désir incontenté de celui qui n’a plus de chez-soi : ne plus avoir à fuir / ne pas craindre de rester. »

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« Un sentiment contradictoire que Wang Bing rappelle quand il choisit d’achever, ou presque, son film par la vision d’un groupe pris de tétanie dans les montagnes du Yunnan. Peur d’avancer et peur de reculer, les sentiments sont irrépressibles alors que tonnent tout autour des explosions d’origine incertaine mais assurément angoissantes. C’est durant cette longue séquence que le propos du film se précise. Après une première moitié du récit durant laquelle auront été décrites les conditions de vie durant la migration, après le second pan à Nansan où sont abordées lors d’une veillée au coin du feu les raisons qui les ont poussé à partir, mais seulement pour en évoquer l’inanité et les contradictions, Wang Bing prouve ensuite qu’il n’a que faire d’expliciter l’origine d’un conflit qui a poussé le peuple ta’ang à quitter leurs maisons, car seules comptent ses conséquences. C’est pourquoi, au matin, dans les hauteurs du Yunnan, il filme les marcheurs épuisés, hésitant autant à avancer qu’à reculer. Et c’est pourquoi il capte la futilité des actions des enfants, alors que des bruits sourds et terrifiants résonnent mais ne sauraient perturber leurs jeux. Si Wang Bing alterne cette vision d’innocence et l’inertie qui frappe les ainés, cela n’a rien de cruel. Car sans doute n’est-elle que passagère ; les rires, l’entraide, le courage l’emportent. La marche reprend. »

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Voilà ce qu’en dit aussi l’Hollywood Reporter, pas toujours inspiré, mais l’un des seuls à avoir écrit quelque chose sur le film.

« Le documentariste Wang Bing se concentre sur les vies des réfugiés de la zone frontalière entre le Myanmar (ex Birmanie) et la Chine, territoire déchiré par la guerre.
Alors que tous les yeux restent tournés vers les vagues de réfugiés affluant sur les côtes européennes, Wang Bing rappelle qu’hélas de semblables dislocations tragiques arrivent ailleurs également.
Traité de deux heures et demie sur une minorité ethnique partagée entre sa terre au Myanmar et les villes sur la frontière chinoise dans lesquelles elle tente de trouver refuge, Ta’ang est un peu long mais toujours captivant aussi bien visuellement que thématiquement.
Aux qualités de monteur de Wang s’ajoutent celles du cadre et de la photographie : n’utilisant qu’une lumière naturelle, les scènes autour du feu par exemple, dessinent les contours rudes de visages épuisés. La bande-son vient capturer l’ambiance distincte qui entoure les individus – le travail sonore d’Emmanuel Soland amène une texture essentielle à la compréhension et l’empathie ressenties envers ces gens dont les vies sont bousculées par l’urgence de circonstances qu’ils ne maîtrisent pas. »

On brûle d’impatience de voir cette nouvelle production de Wang Bing, qui avant sa sortie en France sera présenté dans de nombreux festivals et n’en doutons pas, comme ses autres films, recevra de nombreux prix et honneurs…

RENCONTRES 2016 : la venue à Laignes de Mbissine Thérèse Diop

•25 juin 2016 • Laisser un commentaire

Mbissine Thérèse Diop est aujourd’hui considérée comme une des pionnières du cinéma africain grâce au rôle principal qu’elle a tenu dans La Noire de… premier long-métrage d’Ousmane Sembene. Tourné en 1966 dans son pays natal, ce film est le point de départ et le point culminant de sa carrière d’actrice. Elle assiste, au milieu des années soixante à la naissance des cinémas africains en côtoyant les cinéastes devenus mythiques que sont Désiré Ecaré (Côte d’Ivoire), Omarou Ganda (Nigéria) ou encore Sory Kandia Kouyaté (Guinée). Ce film lui permet de tourner ensuite en Afrique mais aussi en Russie ou en France, notamment en 1971 dans une production sur Patrice Lumumba (Soleil Noir). Elle cultive un véritable amour pour le cinéma, correspond avec Joséphine Baker et quitte Dakar en 1977 pour Paris où elle vit aujourd’hui encore.

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La Noire de…

d’Ousmane Sembene. Sénégal. 1966. 1h05
La Noire de…est un cri viscéral, un poème filmé en forme de coup de poing. Mbissine Thérère Diop, qui n’avait jamais tourné jusqu’alors, y joue le rôle d’une jeune sénégalaise embauchée comme gouvernante par une famille française. Sa révolte contre le racisme ordinaire de cette famille résonne avec les luttes encore fraîches pour l’indépendance des pays africains. « Jamais plus Madame ne me dira quelque chose », « Jamais je ne serai esclave », ces paroles scandées dans une très belle séquence atteignent la force universelle de la nécessaire insurrection contre l’injustice. Cependant, au-delà de la vitalité du cri, Ousmane Sembene semble déjà tracer de sombres perspectives pour son pays à la fin de son film…

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Tiré de son roman Voltaïque, ce long-métrage d’Ousmane Sembene marque l’entrée d’un cinéma authentiquement africain dans le paysage mondial. Il rompt avec les productions jusqu’alors contrôlées par les pays occidentaux. Dès sa sortie le film a un retentissement mondial et obtient plusieurs distinctions.

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Ousmane Sembène est né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance. Ses parents sont des Lébous ayant quitté la presqu’île du Cap-Vert pour la Casamance. À partir de 7 ans, il fréquente l’école coranique et l’école française, apprenant à la fois le français et l’arabe, alors que sa langue maternelle est le wolof.

En 1942, il est mobilisé par l’armée française et intègre les tirailleurs sénégalais.

En 1946, il embarque clandestinement pour la France et débarque à Marseille, où il vit de différents petits travaux. Il est notamment docker au port de Marseille pendant dix ans. Il adhère à la CGT et au Parti communiste français. Il milite contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir qui relate son expérience de docker. Puis en 1957 il publie Ô pays, mon beau peuple. En 1960, il publie un nouveau roman, les Bouts de bois de Dieu qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako. L’histoire se déroule parallèlement à Dakar, Thiès et Bamako sur fond de colonialisme et de lutte des cheminots pour accéder aux mêmes droits que les cheminots français.

En 1960, l’année de l’indépendance du Soudan français — qui devient le Mali — et du Sénégal, Ousmane Sembène rentre en Afrique. Il voyage à travers différents pays : le Mali, la Guinée, le Congo. Il commence à penser au cinéma, pour donner une autre image de l’Afrique, voulant montrer la réalité à travers les masques, les danses, les représentations.

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En 1961, il entre dans une école de cinéma à Moscou. Il réalise dès 1962 son premier court-métrage Borom Saret (le charretier), suivi en 1964 par Niaye.

En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé La Noire de… (prix Jean-Vigo de la même année). D’emblée, Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l’histoire d’une jeune Sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant jusqu’au suicide.

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Considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre et couronné par le Prix de la critique internationale au Festival de Venise, Le Mandat (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l’indépendance.

En 1969, il est invité au premier FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) par les fondateurs de ce festival, dont il ne fait pas partie. En revanche, à partir de 1970 il prend un rôle très important dans le festival et participe à son envol. Jusqu’à sa mort il participera au Fespaco, tout en refusant de participer à la compétition, pour laisser émerger d’autres cinéastes.

En 1979, son film Ceddo est interdit au Sénégal par le président Léopold Sédar Senghor qui justifie cette censure par une « faute » d’orthographe : le terme ceddo ne s’écrirait (selon lui) qu’avec un seul « d ». Le pouvoir sénégalais ayant en fait à cœur de ne pas froisser les autorités religieuses, notamment musulmanes. Sembène relate la révolte à la fin du XVIIe siècle des Ceddos, vaillants guerriers traditionnels aux convictions animistes qui refusent de se convertir. Il attaque ainsi avec virulence les invasions conjointes du catholicisme et de l’islam en Afrique de l’Ouest, leur rôle dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certains membres de l’aristocratie locale.

En 1988, malgré le prix spécial du jury reçu au Festival de Venise, son film, Camp de Thiaroye, ne sort pas en France. Il a acquis ainsi une réputation de film censuré. Ce long-métrage est un hommage aux tirailleurs sénégalais et surtout une dénonciation d’un épisode accablant pour l’armée coloniale française en Afrique, qui se déroula à Thiaroye en 1944. Le film ne sera diffusé en France que vers le milieu des années 1990.

En 2000, avec Faat Kiné, il débute un triptyque sur « l’héroïsme au quotidien », dont les deux premiers volets sont consacrés à la condition de la femme africaine (le troisième, La Confrérie des Rats était en préparation). Le second, Moolaadé (2003), aborde de front le thème très sensible de l’excision. Le film relate l’histoire de quatre fillettes qui fuient l’excision et trouvent refuge auprès d’une femme, Collé Ardo (jouée par la Malienne Fatoumata Coulibaly), qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions du village et de son mari. Sembène a récolté à cette occasion une nouvelle kyrielle de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix Un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech entre autres.

Sembène revendique un cinéma militant et va lui-même de village en village, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et transmettre son message.

RENCONTRES 2016 : le mot de Patrick LEBOUTTE

•24 juin 2016 • Laisser un commentaire

Chers amis,

Les cinquièmes rencontres de Laignes se tiendront du 5 au 10 juillet. Elles seront précédées, du 1er au 5, d’activités plus locales et régionales, mais non moins cinématographiques pour autant (concert classique, fête du village, promenades, baignades, fête du lac à Marcenay, atelier de réalisation sous la houlette de Jean-Louis Le Tacon, journée de prévisionnement à destination des salles de Bourgogne et Franche-Comté, projection publique de la série « P’tit Quinquin », avant-première de « Rester vertical », le dernier film d’Alain Guiraudie) auxquelles vous êtes évidemment tous conviés.

Il y a un an, faute de financement, après quatre années d’existence, nous étions au bord de la disparition. Nous devons à l’entêtement de Jean-Paul Noret, ancien maire du village et responsable du cinéma Vox qui nous accueille, cette nouvelle édition certes précaire mais passionnante, en tous points fidèle aux principes qui nous ont rassemblé : moins un festival de cinéma (même s’il apparaît désormais comme le plus singulier de France) qu’une école buissonnière, libre et sauvage, accessible à tous, conformément à l’idée que nous nous faisons de l’expérience artistique comme éducation populaire; moins une manifestation culturelle de plus qu’un simple rendez-vous à la campagne, comme une façon de reprendre la main en dehors des sentiers balisés par l’industrie, comme une manière de réinventer nos pratiques afin de mieux refonder tout ce qui nous est cher.

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Comme tous les ans, chaque journée commencera sur la place du village par une séance de gymnastique pour filmeurs, selon le rituel initié naguère par Jean Rouch et dont Jean-Louis Le Tacon, notre chaman, est à présent le continuateur. Chorégraphie pour caméras, ciné-transe, ciné-plaisir, avec outils cinématographiques légers pour les uns (petites caméras, Super 8, Ipad, Ipod, appareils photo, téléphones portables), légumes de saison pour les autres (courgettes, carottes, aubergines, tomates géantes), peu importe, l’essentiel étant de filmer ou de faire semblant et de contribuer ainsi par ce geste à la forge de nos outils, « le cinéma dans son plus simple appareil » restant notre devise.

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Par rapport aux années précédentes, la seule innovation concerne l’organisation des matinées où les participants devront désormais se répartir en deux groupes, choisissant entre une option plus pratique (l’atelier de théâtre cinématographique, enchanté par Jean-Louis Le Tacon, où l’on filmera quotidiennement, en vue d’une performance collective, présentée lors de la soirée de clôture) et une option plus réflexive, que j’animerai personnellement, accompagné de nos invités (Vincent Dieutre, Jean-Louis Comolli, Jean-Denis Bonan, Henri Traforetti, Alice Diop, Christian Blanchet, entre autres).

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Comment aujourd’hui, « en » cinéma, inventer des formes artistiques authentiquement politiques, autrement dit irrécupérables par le régime des images dominantes comme par toutes les déclinaisons du pouvoir? Tout au long de ces journées, cette question nous servira de fil rouge : retour sur quelques expériences du passé (1936, les groupes Medvedkine, Cinélutte), échappées contemporaines du côté d’un renouveau du cinéma de l’intime, désormais directement connecté à la question du politique (Vincent Dieutre, Alice Diop, Christian Blanchet).

Vous trouverez dans les articles ci-dessous le programme à peu près complet de la manifestation, conçu par Marianne Amaré, Matthias Chouquer et moi-même, évidemment susceptible, jusqu’au dernier jour, d’aménagements. Vous pourrez suivre son évolution et lire les textes commentant chaque module sur les sites suivants :

Page dédiée aux rencontres sur le blog de Jean-Paul Noret :
https://jeanpaulnoret.wordpress.com/2016/06/12/rencontres-1-102016-le-programme-se-precise/

Page dédiée aux rencontres sur le site de l’Eldorado.

https://cinemaeldorado.wordpress.com/les-rencontres-de-laignes-2016/

Modalités pratiques :

– un repas complet, collectif, est prévu tous les jours à 13h et 19h30, dans la salle des fêtes de la mairie, au bord de la rivière, occasion de se retrouver tous ensemble. Prix : 8 euros (sur réservation).
– logement : en camping, sous tente (gratuit, avec accès aux sanitaires du hall Omnisports, où l’on peut aussi dormir en cas d’ėté pourri) – ce qui donne aux rencontres leur petit côté Woodstock nord-bourguignon. Il existe aussi quelques hôtels dans un périmètre raisonnable, des gites, des chambres d’hôtes, un camping avec mobile home…

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– Inscription et participation aux frais : 50 euros, payables sur place, en confiance, pour les 5 jours (ou plus). Pas le choix : cet apport représente un tiers de notre budget. Un problème financier ne représentera jamais un empêchement, il y a toujours moyen de négocier. Dans ce cas, me contacter. Remplir rapidement un bulletin d’inscription est une formalité obligatoire, nous aidant à y voir clair dans l’organisation.

Vous trouverez ce bulletin ici :

https://docs.google.com/forms/d/12LTOrZLEGaIsuu06vxSqCCVnuj3rkf9B64GuzoWAM9w/viewform

– Chaque participant s’engage à consacrer sur la semaine un moment aux tâches collectives : vaisselle, aide en cuisine, service à table, navette entre Laignes et la gare de Montbard (s’il sait conduire), tenue du bar, accueil. Les rencontres de Laignes fonctionnent un peu comme un kolkhoze, on ne se refait pas : ne pas confondre les torchons et les soviets, c’est un principe. Étonnant, non?

Pour tout renseignement complémentaire :

* Association Panoramic 21 : panoramic21@orange.fr (03 80 81 63 06)

* patrick.leboutte@gmail.com
Amicalement

Patrick Leboutte