DANIEL

Daniel, c’était mon beau-père, le papa de Marie-Agnès, mon épouse. Il vient de mourir. Ce décès de celui qui m’avait accueilli dans sa famille comme son propre fils, m’a ramené 51 ans plus tôt, au décès de mon propre papa.

Daniel

Je publie ici des photos de 1954, ou tous deux travaillaient ensemble dans les champs de la CUMA de Laignes (Coopérative d’utilisation de matériel agricole), ainsi que les mots que j’ai prononcés pour rendre un dernier hommage à Daniel lors de ses obsèques.

Nous rendons aujourd’hui un dernier hommage à Daniel, et le nombre de personnes présentes aujourd’hui dans cette église montre à quel point il était apprécié.

Ceux qui souffrent le plus aujourd’hui, ce sont ses enfants, et c’est à eux que je vais m’adresser en priorité : on ne se remet jamais de la disparition d’un Papa, et sans que personne ne le sache, dans les jours, les semaines et les années qui viennent, il y a peu de moments où vous n’aurez pas d’occasion d’y penser, j’ai en cette matière 51 ans de vécu.

Daniel et Paul2

Vous souffrez, mais au fond de vous-même vous savez que pour votre Papa, c’est la fin qu’il espérait depuis quelques mois, vous savez qu’il n’aurait pas supporté de perdre sa jambe, lui qui a arpenté toutes les routes et chemins de la région, vous savez qu’il n’aurait pas supporté de quitter sa maison, vous savez aussi qu’il ne voulait pas être une charge pour sa famille, mais pas non plus pour la société.

Il est mort comme il a vécu, dans la discrétion et la dignité.

Daniel et Paul3

Né à Laignes, il y a 89 ans, il a eu une enfance très malheureuse, maltraité, abandonné, exploité, il a su très tôt qu’il ne pourrait compter que sur lui-même pour s’en sortir. Son courage, son ardeur au travail et sa volonté indestructible lui ont fait accomplir des miracles.

Après son éloignement imposé, il a souhaité revenir à Laignes dès sa majorité pour retrouver des racines qui pourtant étaient autant de souvenirs tragiques.

Daniel et Paul4

Chez Lucien Noret, où il était commis de ferme, il a commencé à se reconstruire. C’est là qu’il a connus une magnifique petite femme, qui comme lui, avait eu bien des déboires dans ses premières années. C’est Renée, qu’il a épousé rapidement. A eux deux, par leur travail, leur amour et leur volonté, avec deux infortunes ils ont créé une fortune.

Leur principale fortune a été leurs enfants. Une famille nombreuse, élevée dans la dignité et la droiture. Daniel a toujours voulu les protéger de ce qu’il avait lui-même vécu. Jamais ses enfants n’ont manqué de quoi que ce soit, jamais ils n’ont eu faim et surtout, jamais ils n’ont manqué d’amour…

Lorsque je suis rentré dans cette famille, comme les autres beaux-frères et belles sœurs j’ai tout de suite été impressionné par cet esprit de solidarité qui régnait entre ses membres. Il nous a accueillis comme ses propres enfants et, avec Jean-Pierre, nous avons retrouvé en lui un peu du père qui nous a manqué. A table, le premier geste de Daniel était de rompre et de distribuer le pain à tous les convives. Ce geste, dans cette église, évoque un symbole très fort.

Dans les conversations familiales, il intervenait très peu, mais écoutait attentivement, et il n’était pas question de railler injustement un de ses enfants. Je me rappelle toujours ce jour où les frères et sœurs évoquaient la longueur du nez de l’une d’entre eux…  « Il est bien son nez ! » avait-il déclaré, mettant fin à toute poursuite de moquerie… C’est devenu une phrase culte que nous ressortons souvent entre nous, elle reflète bien l’esprit de Daniel.

Daniel et Renée, à force de travail et de privation pour eux-mêmes, mais pas pour leurs enfants, ont eu la grande fierté de leur offrir un toit. Un autre symbole très fort, ce petit ouvrier agricole, tout modeste qu’il était, a trouvé les moyens d’acheter un terrain et d’y faire construire sa propre maison.

On comprend pourquoi il ne souhaitait absolument pas la quitter.

Aucun de ses enfants ne s’est senti la force de parler ici en public de leur père, de crainte de fondre en larme et de ne pouvoir parler. C’est parfaitement compréhensible. En leur nom et pour terminer, je lirai les quelques lignes que nous a envoyé par mail sa fille Sylvie, dès qu’elle a appris la funeste nouvelle, elles résument parfaitement ce que pensent ses frères et sœurs :

« Bonjour à tous.

Je suis incapable de lire en public. Ma tristesse est trop profonde. Parfois le silence est roi… Je voudrais simplement dire que papa a eu une enfance triste. Sa vie a commencé avec ses enfants et sa femme. Il était honnête, franc et courageux.

MERCI PAPA POUR TON EDUCATION ET POUR M’AVOIR APPRIS LES VALEURS DE LA VIE. QUE L’AMOUR DE LA FAMILLE EST BIEN PLUS IMPORTANT QUE LE FRIC ET TOUT LE TRALALA … IL M’A APPRIS A RESTER SIMPLE. JE T’AIME PAPA.

A MES SŒURS, A MES FRERES JE VOUS AIME. MERCI A TOUT LE RESTE DE LA FAMILLE. RESTONS UNIS, C’EST LE SOUHAIT DE PAPA ET MAMAN. »

Publicités

~ par jeanpaulnoret sur 30 avril 2014.

Une Réponse to “DANIEL”

  1. Si dans ma langue maternel cést difícil de transmetre les sentiments dans ces circonstances, en français cést encore plus compliqué. En tout cas recevez nos condolences, et si la distance phisique nous separe, j’espere que vous nous sentirez pres de vous.
    Bien amicalement
    Antonio & CO

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :