Vente du lac de Marcenay : La responsabilité des élus devant l’histoire de leur région

Les élus du haut châtillonnais, sous la pression de M. Brigand Maire de Châtillon et de M. Antoni Maire de Laignes, ont décidé de se débarrasser du plus beau fleuron du tourisme et de la nature de leur région.

Il y a plus de cinquante ans, déjà, des élus sans ambition et sans vision de leur territoire (dont on a oublié les noms d’ailleurs) avaient déjà laissé partir cette merveille au privé. Les anciens se rappellent encore des grillages de deux mètres de haut qui, à la suite de cette décision funeste, se sont élevés tout autour du lac, interdisant tout accès à une population désabusée qui n’a pas tardé à réagir.

Trente hectares de roselière qui abritent un grand nombre d'oiseaux, répertoriés par la LPO, dont certains uniques dans la région

Trente hectares de roselière qui abritent un grand nombre d’oiseaux, répertoriés par la LPO, dont certains uniques dans la région

Heureusement, deux élus Michel Sordel Maire de Châtillon et Emile Lepitre Maire de Laignes qui eux, avaient une haute ambition pour leur région et une conscience de ses potentiels, ont pris les choses en main.

Ce ne fut pas facile, mais ils surent mobiliser 13 autres maires (sur plus de 50 sollicités !) pour créer le syndicat du lac et trouver les moyens de financer le rachat du lac et supprimer le grillage en réaménageant les abords.

Leurs héritiers, Michel Serex, maire de Chatillon et Jean-Pierre Recq, dans la même lignée et avec la même ambition ont développé les activités, services et attractions autour du domaine : réhabilitation du camping, réalisation de l’assainissement (à l’époque, les élus de Marcenay n’ont pas su saisir l’opportunité qui leur était offerte à très bas coup, d’équiper toute la commune dans la foulée, leurs héritiers en supportent aujourd’hui gravement les conséquences…), plantation de la forêt des Japonais, aménagement de l’aire de picnic et de sentiers de randonnée…

L'observatoire des oiseaux, qui permet sans les déranger, d'observer les espèces rares...

L’observatoire des oiseaux, qui permet sans les déranger, d’observer les espèces rares…

C’est dans cet élan positif que j’ai trouvé le Syndicat dont j’ai pris la présidence en 1995. Avec très peu de moyens (les cotisations des communes sont restées très basses pendant mes deux mandats et ont même diminué pour beaucoup de communes) mais avec beaucoup de subventions et de soutiens extérieurs, nous avons réussi à mettre en lumière le sentier de la digue, créer l’observatoire des oiseaux, faire accéder le camping au classement trois étoiles, acheter le camping de Mussy, aménager la baignade et la mettre aux normes avec surveillant pendant les deux mois d’été, aménager la halle à charbon et ouvrir la maison du terroir, supprimer les algues grâce à l’introduction de carpes chinoises, permettre l’organisation de sessions de pêche « no kill » de carpes de nuit, lancer l’aménagement foncier qui a permis de récupérer la propriété du sentier du tour du lac et de créer le bassin de décantation protégeant le plan d’eau de l’envasement…

De par les freins de certains élus au sein du syndicat, tout n’a pas toujours été facile, et Jean-Pierre Recq par exemple, n’a pu mener au bout son beau projet de musée de la sidérurgie et de la nature, il en reste cependant le haut fourneau rénové et la collection d’oiseaux dont le musée du Chatillonnais est aujourd’hui l’heureux bénéficiaire.

De même, quelques années plus tard, je n’ai pu faire aboutir l’ambitieux projet de centre d’accueil sur les énergies renouvelables pourtant parfaitement au goût du jour (peut-être à l’époque, un peu trop en avance…)

Au niveau de la pêche, mes prédécesseurs avaient négocié un contrat gagnant-gagnant avec la fédération départementale de la pêche et son excellent président M. Viard. Le lac est en effet d’une productivité miraculeuse (du niveau des lacs Irlandais!) et tous les deux ans la fédération, grâce à sa pêche de fond, récoltait des tonnes de poisson de qualité. En échange, elle versait un petit loyer et entretenait les berges et la roselière. Les pêcheurs locaux avaient également un accès privilégié à ce prolifique plan d’eau.

DSC_4408

L’un des trois plus grands lacs de Côte d’Or, à la qualité piscicole incroyable, unique dans la région

Le départ de M. Viard a entraîné un changement de politique de la fédération et son successeur a voulu faire une belle opération financière sur le dos du syndicat. Les conséquences ont été très dommageables : dernière pêche de fond bâclée (vidange précipitée entraînant un envasement, pas de réempoissonnement entraînant la basification du pH des eaux et la prolifération des algues, pas de nettoyage de la pêcherie, remise en eau avant entretien des digues…) arrêt de l’entretien des berges et de la roselière, rupture du bail, classement en eau libre (faisant baisser de moitié de la valeur de l’équipement pour le propriétaire…)

Au niveau du camping, la pression permanente de la ville de Châtillon, nous a amené à vendre le vendre. Heureusement, c’est Dirk Janssen qui a emporté l’offre et son implication dans la vie de la région est très positive et l’équipement (contrairement à la première expérience de privatisation à l’époque de M. Recq) ne s’est pas dévalorisé.

C’est ainsi, que lorsque j’ai laissé la présidence du Syndicat en 2008, mes successeurs ont trouvé une collectivité dont toutes les dettes étaient remboursées et qui possédait un matelas financier de près de 200 000 € de réserves.

Un bassin de décantation pour arrêter l'envasement

Un bassin de décantation pour arrêter l’envasement

Que s’est-il passé depuis ? Chatillon a demandé de se débarrasser du lac sinon, il quittait le syndicat. Laignes dans le sillon, a demandé également à quitter le syndicat, et en plus a arrêté de payer ses cotisations pour le mettre en difficultés.

Seul contre tous, Louis Marcel Terrillon malgré l’opposition très forte de la fédération de pêche de M. Gruer, a tenté sans succès de réobtenir le classement du plan d’eau en eau close pour redonner une valeur à l’équipement et éviter que la fédération ne le récupère à vil prix.

Entre temps, le syndicat avait du mal à entretenir l’équipement et la baignade était supprimée.

Au mandat suivant, Yves Simon, président du syndicat et Agnès Rothe, Maire de Marcenay, obligés de céder aux pressions, ont fini par accepter la vente, mais leur bonne vision de l’avenir leur a permis de trouver le meilleur acheteur possible : le conservatoire des sites naturels. C’est une garantie de maintenir le site dans sa qualité environnementale. Son association avec la nouvelle fédération de pêche de mon ami Sonvico, nouveau président (C’est un collègue, il était à l’Ecole Normale d’instituteurs de Dijon en même temps que moi…) est un gage de développement de la qualité piscicole du lac (je prends le pari que le lac, désormais, ne tardera pas à retrouver son classement en eau close, trop tard malheureusement pour que le syndicat et les communes bénéficient de sa revalorisation qui profitera à ses acheteurs…), c’est aussi une garantie que le site restera accessible gratuitement au public.

un plan d'eau pour lequel nous avons obtenu le classement en ZNIEFF (Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique)

un plan d’eau pour lequel nous avons obtenu le classement en ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique)

Les dégâts ont été limités, il n’en reste pas moins que je regrette amèrement que les élus responsables actuels n’aient pas pris la mesure de la richesse de cet équipement et n’aient pas eu la moindre ambition pour en faire le fleuron de leur territoire. De façon très injuste, eux qui n’ont pas voulu mettre le moindre centime pour le développer, vont toucher une grosse somme d’argent (plus de 500 000 euros) que leurs prédécesseurs se sont évertués à gagner et faire fructifier.

Nul doute que l’histoire locale, comme pour les premiers vendeurs, il y a plus de 50 ans, ne retiendra pas leurs noms…

Publicités

~ par jeanpaulnoret sur 29 avril 2016.

4 Réponses to “Vente du lac de Marcenay : La responsabilité des élus devant l’histoire de leur région”

  1. Que de temps perdu! J’ai toujours regretté que cet endroit magnifique ne soit pas mis en valeur. Le Conservatoire des sites bourguignons a fait un beau travail dans le Morvan. Il faut qu’il s’attache à redonner de sa superbe au lac de Marcennay.

  2. Ce n’est pas étonnant que ces élus n’aient pas assuré…Un Brigand reste un Brigand!!!!

  3. TRES BONNE ARTICLE …MAIS CEST A NOTER QUE GRACE A AGNES ROTHE TOUTE CETTE VENTE A PU SE FAIRE…BRAVO AGNES. DIRK DU CAMPING.

  4. Bien sûr il faut se souvenir de toutes les personnes qui ont fait de ce lieu un site plein d ‘activités pendant une longue période.Les temps et les responsables ont changés. Même si la nostalgie est légitime, il fallait bien trouver une solution devant une situation complètement bloquée.
    Le lac est toujours à Marcenay, une nouvelle vie pleine de promesses va commencer pour lui c’est notre espérance;
    Merci à notre Maire Madame Agnès Rothe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :