RENCONTRES 2016 : la venue à Laignes de Mbissine Thérèse Diop

Mbissine Thérèse Diop est aujourd’hui considérée comme une des pionnières du cinéma africain grâce au rôle principal qu’elle a tenu dans La Noire de… premier long-métrage d’Ousmane Sembene. Tourné en 1966 dans son pays natal, ce film est le point de départ et le point culminant de sa carrière d’actrice. Elle assiste, au milieu des années soixante à la naissance des cinémas africains en côtoyant les cinéastes devenus mythiques que sont Désiré Ecaré (Côte d’Ivoire), Omarou Ganda (Nigéria) ou encore Sory Kandia Kouyaté (Guinée). Ce film lui permet de tourner ensuite en Afrique mais aussi en Russie ou en France, notamment en 1971 dans une production sur Patrice Lumumba (Soleil Noir). Elle cultive un véritable amour pour le cinéma, correspond avec Joséphine Baker et quitte Dakar en 1977 pour Paris où elle vit aujourd’hui encore.

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La Noire de…

d’Ousmane Sembene. Sénégal. 1966. 1h05
La Noire de…est un cri viscéral, un poème filmé en forme de coup de poing. Mbissine Thérère Diop, qui n’avait jamais tourné jusqu’alors, y joue le rôle d’une jeune sénégalaise embauchée comme gouvernante par une famille française. Sa révolte contre le racisme ordinaire de cette famille résonne avec les luttes encore fraîches pour l’indépendance des pays africains. « Jamais plus Madame ne me dira quelque chose », « Jamais je ne serai esclave », ces paroles scandées dans une très belle séquence atteignent la force universelle de la nécessaire insurrection contre l’injustice. Cependant, au-delà de la vitalité du cri, Ousmane Sembene semble déjà tracer de sombres perspectives pour son pays à la fin de son film…

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Tiré de son roman Voltaïque, ce long-métrage d’Ousmane Sembene marque l’entrée d’un cinéma authentiquement africain dans le paysage mondial. Il rompt avec les productions jusqu’alors contrôlées par les pays occidentaux. Dès sa sortie le film a un retentissement mondial et obtient plusieurs distinctions.

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Ousmane Sembène est né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance. Ses parents sont des Lébous ayant quitté la presqu’île du Cap-Vert pour la Casamance. À partir de 7 ans, il fréquente l’école coranique et l’école française, apprenant à la fois le français et l’arabe, alors que sa langue maternelle est le wolof.

En 1942, il est mobilisé par l’armée française et intègre les tirailleurs sénégalais.

En 1946, il embarque clandestinement pour la France et débarque à Marseille, où il vit de différents petits travaux. Il est notamment docker au port de Marseille pendant dix ans. Il adhère à la CGT et au Parti communiste français. Il milite contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir qui relate son expérience de docker. Puis en 1957 il publie Ô pays, mon beau peuple. En 1960, il publie un nouveau roman, les Bouts de bois de Dieu qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako. L’histoire se déroule parallèlement à Dakar, Thiès et Bamako sur fond de colonialisme et de lutte des cheminots pour accéder aux mêmes droits que les cheminots français.

En 1960, l’année de l’indépendance du Soudan français — qui devient le Mali — et du Sénégal, Ousmane Sembène rentre en Afrique. Il voyage à travers différents pays : le Mali, la Guinée, le Congo. Il commence à penser au cinéma, pour donner une autre image de l’Afrique, voulant montrer la réalité à travers les masques, les danses, les représentations.

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En 1961, il entre dans une école de cinéma à Moscou. Il réalise dès 1962 son premier court-métrage Borom Saret (le charretier), suivi en 1964 par Niaye.

En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé La Noire de… (prix Jean-Vigo de la même année). D’emblée, Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l’histoire d’une jeune Sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant jusqu’au suicide.

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Considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvre et couronné par le Prix de la critique internationale au Festival de Venise, Le Mandat (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l’indépendance.

En 1969, il est invité au premier FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou) par les fondateurs de ce festival, dont il ne fait pas partie. En revanche, à partir de 1970 il prend un rôle très important dans le festival et participe à son envol. Jusqu’à sa mort il participera au Fespaco, tout en refusant de participer à la compétition, pour laisser émerger d’autres cinéastes.

En 1979, son film Ceddo est interdit au Sénégal par le président Léopold Sédar Senghor qui justifie cette censure par une « faute » d’orthographe : le terme ceddo ne s’écrirait (selon lui) qu’avec un seul « d ». Le pouvoir sénégalais ayant en fait à cœur de ne pas froisser les autorités religieuses, notamment musulmanes. Sembène relate la révolte à la fin du XVIIe siècle des Ceddos, vaillants guerriers traditionnels aux convictions animistes qui refusent de se convertir. Il attaque ainsi avec virulence les invasions conjointes du catholicisme et de l’islam en Afrique de l’Ouest, leur rôle dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certains membres de l’aristocratie locale.

En 1988, malgré le prix spécial du jury reçu au Festival de Venise, son film, Camp de Thiaroye, ne sort pas en France. Il a acquis ainsi une réputation de film censuré. Ce long-métrage est un hommage aux tirailleurs sénégalais et surtout une dénonciation d’un épisode accablant pour l’armée coloniale française en Afrique, qui se déroula à Thiaroye en 1944. Le film ne sera diffusé en France que vers le milieu des années 1990.

En 2000, avec Faat Kiné, il débute un triptyque sur « l’héroïsme au quotidien », dont les deux premiers volets sont consacrés à la condition de la femme africaine (le troisième, La Confrérie des Rats était en préparation). Le second, Moolaadé (2003), aborde de front le thème très sensible de l’excision. Le film relate l’histoire de quatre fillettes qui fuient l’excision et trouvent refuge auprès d’une femme, Collé Ardo (jouée par la Malienne Fatoumata Coulibaly), qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions du village et de son mari. Sembène a récolté à cette occasion une nouvelle kyrielle de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix Un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech entre autres.

Sembène revendique un cinéma militant et va lui-même de village en village, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et transmettre son message.

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~ par jeanpaulnoret sur 25 juin 2016.

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