Les rencontres de Laignes vues par Archimède

Nous publions ici un extrait de

La lettre d’Archimède  No 68 du 9 juillet 2016

qui concerne les Rencontres de Laignes 2016

et la performance de Jean-Louis Le Tacon

Cette année, plus encore que d’habitude, Jean-Louis Le Tacon aura beaucoup donné de sa personne durant les Rencontres de Laignes : séance quotidienne de gymnastique d’opérateur, présentation de ce qu’il a filmé dans l’année commenté en direct, projection de quelques œuvres dont Le Rôdeur (1993) consacré à Toï Curty, jeune artiste atteinte du sida, préparation d’une « séance de cinéma en expansion », etc. Lundi, j’ai assisté à un atelier scolaire qu’il animait, une initiation au « filmer seul(e) » qui surprit les collégiens qui y participaient. Auteur en une quarantaine d’années d’une œuvre multiple et variée — films militants, documentaires anthropologiques, fictions, clips pour Tuxedomoon ou pour Jean-Paul Gaultier, vidéos d’art… —, Jean-Louis Le Tacon préfère se qualifier de filmeur plutôt que de cinéaste ou de réalisateur. Il filme tous les jours avec son iPhone, sans autre matériel que son propre corps — « Pas de tripode. Le pied, c’est le corps du filmeur ! » clame-t-il. D’où cette gymnastique d’opérateur héritée de Jean Rouch, préparation indispensable pour être toujours prêt à faire panoramiques ou travellings. Si les collégiens étaient un peu perplexes en début de journée, ils étaient heureux de montrer le résultat des exercices imposés — une chute, un champ-contrechamp… — en fin d’après-midi, comprenant que le cinéma est moins dans la technologie que dans la volonté et l’acte de filmer.

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Mais Jean-Louis Le Tacon ne repense pas uniquement la manière de faire des films. Dans la lignée de Le film est déjà commencé ? (1951) de l’artiste lettriste Maurice Lemaître, il a préparé avec une dizaine de complices la séance de clôture des Rencontres entre théâtre et cinéma, spectacle vivant où les spectateurs sont invités à participer. Je reproduis ici le manifeste de cette manière de « réenchanter la séance de cinéma » :

La Séance de cinéma en expansion ou Action théâtrale et filmique est une performance qui brise le cadre routinier de la séance de cinéma. Elle suscite un spectacle inédit, au déroulement improbable truffé d’impromptus, d’actions surprenantes, d’incidents déconcertants dont les spectateurs eux-mêmes sont les protagonistes. La séance de cinéma glisse vers le happening : le lieu, les gens, les machines, les objets, le temps deviennent acteurs d’une pièce improbable. Il s’agit de réinventer la séance de cinéma, de mettre un peu de lumière dans les salles obscures.

performance 2016

1) Le spectacle commence bien avant !

Le spectacle commence bien avant la séance proprement dite. Huit-quinze jours au préalable, une annonce intrigante est diffusée dans la ville par toute sorte de support : bouche à oreille, téléphone arabe, affichette, flyer, sticker, réseaux sociaux, homme sandwich, voiture publicitaire… Le slogan de l’aguichage (teasing) interpelle toute la population. Par exemple :

ATTENTION À LA PEINTURE !

IL N’Y EN A PLUS POUR TRÈS LONGTEMPS !

LE FILM EST DÉJÀ COMMENCÉ ?

CHAUDS LAPINS, AUX ABRIS !

Le slogan sera défini en fonction du programme des réjouissances élaboré pour la circonstance. Le public visé est celui qui fréquente la salle de cinéma implantée dans un quartier, un territoire. On peut viser plus large. Tout au long de la quinzaine, la rumeur aguicheuse est alimentée. Le public est finalement invité à se rendre à une séance de cinéma dans une vraie salle de cinéma pour sans doute voir un film — un film qui n’existe pas, du moins pas pour l’instant !

2) Un film, voire des films sont mis en chantier !

Comme il est question de cinéma, eh bien, on mobilise des filmeurs, des acteurs, des comédiens, des décorateurs, des éclairagistes, des musiciens, tous les corps de métiers ou presque. Toute personne avec un savoir-faire est bienvenue. Toutes les formes de cinéma ou télévisuel peuvent être envisagées : reportage, mini-fiction, film expérimental, film abstrait, documentaire, film d’animation, gif animé, plateau de télé… Les sujets des films émanent de la vie des gens, du paysage, de l’esprit du lieu, de son histoire, de ses personnages. On peut s’intéresser aux préoccupations des gens, aux enjeux du moment, aux faits divers. On peut traiter du fonctionnement des médias (cinéma, télévision, internet). On peut aussi tout simplement chercher à rire de la vie des uns et des autres, à tenter d’accéder à des rivages utopiques, susciter des moments de bonheur, partager la joie de vivre. Tout va être prétexte à créer des événements filmiques, à partir en tournage et à inciter les gens à jouer pour la caméra. Certains seront plus sensibles à une approche poétique du lieu avec ses couleurs, ses animaux, ses lumières, ses architectures, son climat. Qui dit tournage, dit montage. DSC_0019

Certains filment d’autres montent. Improvisation, rapidité, juxtaposition hasardeuse sont souhaitables. Raccorder des éléments hétéroclites, articuler des aspects contrastés, oser le vertige de l’écart. Au bout du compte : des projectiles filmiques pour la fameuse séance.

3) La performance filmique et théâtrale

L’heure de la performance arrive : y prennent part, les spectateurs, le projectionniste, le ou les réalisateurs, le directeur de la salle, les producteurs, les techniciens de surface, les comparses comédiens dissimulés dans le public sans oublier les ouvreuses, les marchandes d’esquimaux, le ou la caissière, le pompier de service…

Des films seront bien projetés avec tous les appareils dont dispose la salle : projecteur numérique, 35 mm, 16 mm auxquels on pourra ajouter une batterie de vidéoprojecteurs et de projecteurs super 8 mm et 9,5 mm.

Les projections vont être constamment parasitées par des actions théâtrales, des incidents aussi divers qu’inattendus. Actions et incidents ont été concoctés par les membres du « Kollectif Organisateur » en parallèle à la préparation des films. Il y a souvent un lien entre le contenu des films et les brisures théâtrales. Souvent il est fait appel à l’implication directe des spectateurs qui vont prendre la parole, quitter leur siège numéroté et devenir acteurs. Ces derniers peuvent provoquer un débordement et infléchir les enchainements préétablis. Aux membres du Kollectif de trouver la parade et le raccord.

Quelles actions théâtrales, quels incidents ? C’est l’inventivité soutenue des membres du Kollectif qui en a décidé. Tout est possible, drôleries, extravagances, gags, détournements, citations que sais-je ?              

                                                                                Jean-Louis Le Tacon

 

 

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~ par jeanpaulnoret sur 16 juillet 2016.

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